Bernard Hœpffner, traducteur et écrivain, a été emporté par la mer alors qu’il se promenait sur la côte du Pays de Galles, à St David’s Head (Pembrokeshire), le samedi 6 mai 2017.

Autodidacte génial, Bernard Hœpffner a eu plusieurs vies, dont une de traducteur. Prolifique, méticuleux, porté par la curiosité et l’amour des textes, découvreur animé par une passion entière pour la littérature, il a trouvé le temps de s’occuper des autres et, depuis plus de trente ans, joué un rôle central dans la reconnaissance de notre métier. Sous sa présidence, de 2013 à 2015, ATLAS a pris une nouvelle dimension ; nous sommes tous heureux de l’avoir côtoyé, d’avoir profité de sa gentillesse, sa bienveillance, sa rigueur intellectuelle et son humour.

Un hommage lui a été rendu le mercredi 7 juin à la Maison de la poésie, en ouverture de la 3e édition du Printemps de la traduction.

[button title= »Voir la vidéo de l’hommage à la Maison de la poésie » link= »http://www.atlas-citl.org/printemps-de-la-traduction-2017/ »] 

Témoignages

Nous avons rassemblé sur cette page les liens vers les témoignages et articles parus, vers ses dernières interventions à la radio, pour les Assises de la traduction littéraire à Arles ou autres événements.

Pour ceux qui souhaiteraient apporter un témoignage, dire quelques mots, vous pouvez nous écrire ici , nous publierons vos messages sur cette page.

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Hommage du CETL à Bernard

En 1989 le CETL ouvrait ses portes, et comme « Charles 5 » à Paris il comptait bien ne faire appel qu’aux meilleurs professionnels de la traduction littéraire pour former ses ouailles. Bernard répondit aussitôt à l’appel pour le plus grand bonheur et le plus grand honneur des étudiants. À la lecture du palmarès du professeur, tous s’attendaient à accueillir un Monsieur respectable en costume et cravate, Dieu merci c’est un personnage dégingandé portant jeans et boucle d’oreille unique, à la tignasse dans le vent, qui allait, des années durant, nous dispenser son immense savoir d’autodidacte érudit et de traducteur hors pair. Il nous venait tantôt du sud de la France, tantôt des Pays-Bas, tantôt de Bruxelles pour enseigner ou diriger un mémoire. Sans compter les multiples corrections épistolaires quand le CETL a inauguré ses cours à distance. Fidèle il nous le restera jusqu’au bout, ce formateur d’une précision incroyablement généreuse.

Professionnellement lui et moi partagions les mêmes points de vue sauf un seul, notre unique « pomme » de discorde: en effet il affirmait qu’un traducteur doit d’abord lire le livre en entier avant de s’y attaquer, je lui tenais tête en prétendant le contraire… et cela nous faisait bien rire (je le taquinais en lui faisant remarquer que cette « pomme » était bien visible dans son cou chaque fois qu’il voulait me convaincre en agitant sa glotte!).

Bernard…. nous t’avions pris comme modèle à notre Foire du livre de Bruxelles ce vendredi 2 mars 2006… Notre idée était de te faire travailler sans filet et de laisser voir à tous ce qui se passait dans ta tête quand tu traduisais. « L’idée de l’auto-autopsie m’intéresse plutôt », avais-tu répondu à cette invitation insolite.

Nous t’avions donc soumis un texte anglais inconnu de toi; dans ton dos, un écran géant laissait voir sans pudeur tout ce que tu tapais sur ton clavier, ou gommais, ou raturais… Depuis lors l’expérience s’est renouvelée, me suis-je laissé dire, mais tu fus le premier à te prêter à cette opération à cœur ouvert, tu fus le pionnier de cette « cuisine ouverte du traducteur ».

Notre cher Bernard: pour le CETL tu étais en train de diriger le mémoire de Catherine Selosse, un choix de poèmes de John Clare sur les oiseaux, et l’étudiante était aux anges de pouvoir travailler régulièrement sous ta houlette…. La soutenance aurait eu lieu à Paris, l’an prochain. Quelle déception, parmi tant d’autres certes….

Quant à ta disparition tragique on ne peut s’imaginer qu’avec effroi ce que tu as dû ressentir dans ces quelques secondes de violence inouïe: plus une âme est subtile, plus les chambres d’écho d’un cerveau sont multiples et plus les résonances sont fortes, dans la beauté ou dans l’horreur… Nous tentons tous de comprendre ton dernier parcours: sans doute voulais tu avant même de te poser dans ce lieu de tes jeunes années, revoir l’endroit magique et grandiose que te rappelaient probablement tant de passages traduits par toi. Sans doute as-tu voulu cette fois encore, te risquer, franchir la ligne du possible, sans doute t’es-tu avancé trop loin, enivré par les embruns du grand large, sans doute ton pied a-t-il glissé… Nous repassons tous le film de la suite dans notre tête, mais nous ne saurons jamais…

Comme tu vas nous manquer à la grand-messe des traducteurs en novembre prochain, comme tu vas manquer tout court à tant de personnes…

En pensant à ta confrontation finale avec les éléments déchainés, on songe immédiatement à ce tableau de Caspar Friedrich: Homme de dos contemplant une mer de nuages… car cette silhouette, regardant la mer et… la mort ?, te ressemble étrangement…

So long dear Bernard, so long…

Françoise au nom de tous tes étudiants du CETL

Prof. Dr. Françoise Wuilmart

Directrice du CETL et du CTLS

www.traduction-litteraire.com
www.ctls.be

29 Tuinbouwlaan
1700 Dilbeek – B.
+32 (0)2 569 68 12 (fixe)
+32 (0)496 25 01 52

Hommage de la Comédie de Valence

Entre 2005 et 2007 la Comédie de Valence avait créé un comité de traduction pour des lycéens de Valence avec la présence de Pauline Sales et de Bernard Hœpffner. Pauline Sales se chargeait de nous trouver des pièces écrites par de jeunes participants britanniques à des ateliers d’écriture théâtrale en lien avec le Royal Court. Ces traductions ont fait l’objet de lectures au théâtre chaque saison dans le cadre du jumelage. En mai 2005 le journal du jumelage Côté Cour Côté Jardin a publié trois pages avec une interview de Bernard Hœpffner et des extraits du travail de cette année là ainsi que des réactions d’élèves
Je pense que l’implication de Bernard Hœpffner dans la sensibilisation des jeunes à la traduction théâtrale n’est pas forcément connu. Il travaillait parallèlement au Mark Twain et je ne peux m’empêcher de croire que sa découverte d’adolescents et de leur langage a pu avoir aussi un rôle.
Voici les extraits du journal du jumelage. Pour nous ce fut à la fois passionnant et libérateur tout en étant exigeant et les élèves ne s’y sont pas trompés et ont trouvé dans ces rencontres mensuelles le goût du texte.

Liliane Laurent enseignante
Marie Rosenstiel Comédie de Valence

[button title= »Côté Cour Côté Jardin » link= »http://www.atlas-citl.org/wp-content/uploads/2017/06/cote_cour_cote_jardin_b.hoepffner.pdf »]

Marie Braud - Traductrice

Monsieur Hœpffner,

Je ne savais pas où vous écrire. Je ne crois en rien de particulier, du coup, tout est possible. Peut-être lirez-vous ceci, si votre fantôme d’écume vient voir ce que ces éphémères humains peuvent bien avoir dit suite à votre disparition. 

Je n’ai pas la chance ni la prétention de vous avoir connu, mais je n’oublierai jamais que vous avez accepté avec simplicité, gentillesse et une disponibilité totale de répondre à mes questions d’étudiante écrivant un sujet sur les versions de Tom Sawyer.

Mon dossier a été enrichi, certes, mais j’ai surtout trouvé un modèle et été rassurée sur l’humanité. Vous qui n’aviez rien à prouver et moi qui avais tout le contraire, vous m’avez parlé d’égal à égale.

Chapeau monsieur, merci, et bon vent là où vous êtes.

Marie

Samantha Cristin - Quelques mots pour Bernard Hœpffner

Moi je ne suis pas une amie, pas une collègue, même pas une connaissance. On s’est rencontré quelques fois. Comme toujours j’étais en silence dans mon coin, incapable de regarder les autres dans les yeux. Il m’a parlé, avec gentillesse. Il a pensé qu’il valait la peine d’entendre ma voix.

Merci beaucoup.

Samantha Cristin

[button new_tab= »yes » border_radius= »2″ size= »small » color= »darkly » title= »Traduction & Translation – le site de Bernard Hœpffner » link= »http://hoepffner.info/bhoepffner/index.html »][spacer height= »20″]

Témoignages :

Claro / Le Clavier Cannibale – Disparition, le 29.05.17
En attendant Nadeau – Bernard Hœpffner, virtuose – par Santiago Artozqui, le 26.05.17
Stéphane Vanderhaeghe – À l’intérieur du crâne / Bernard Hœpffner (1946-2017)
Traduction & Translation – Le site de Bernard Hœpffner – Saint David’s Head

Le communiqué du Centre national du livre

Revoir / réécouter

Les voix de l’enfance – 32es Assises de la traduction littéraire à Arles – Table ronde « Gavroches d’ailleurs » – le 06.11.15
Fête du Livre de Bron – « Traduire, comment faire ? » Bernard Hœpffner et Georges Tyras – 2015

Dans les médias :

Presse écrite

Libération Next – Disparition du traducteur Bernard Hœpffner sur la côte galloise – par Claire Devarrieux, le 26.05.17
Le Monde des livres – Disparition du traducteur Bernard Hœpffner – par Florence Noiville, le 27.05.17
L’HumanitéLe traducteur Bernard Hœpffner disparaît – par Alain Nicolas, le 28.05.17
ActuaLittés.com – Décès du traducteur Bernard Hœpffner, homme à plusieurs vies
par Victor De Sepausy, le 28.05.2017
Le Dauphiné / DieulefitUn traducteur réputé, Drômois d’adoption, a disparu au pays de Galles, le 28.05.17
Lyon Capitale / Les esprits libres – Assises internationales du roman : une semaine à lire debout, par Caïn Marchenoir, le 29.05.17

Radios

France Culture – Le journal de la culture, par Zoé Sfez –  » Disparition de Bernard Hœpffner, traducteur de Mark Twain et de James Joyce : je suis amoureux de la langue anglaise, mais je suis obligé de lui faire violence », le 29.05.17
Nova Planet / dans l’émission Nova Book Box – So Long, Bernard, diffusion lundi 29 mai à partir de 22h

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