
Jeudi 2 juin 2022 au CITL (Arles) – 18h30 > 20h
ATLAS a reçu l’auteur irlandais Conor O’Callaghan et sa traductrice Mona de Pracontal pour échanger autour du roman Personne ne nous verra, publié en 2022 chez Sabine Wespieser Editeur.
La rencontre était animée par Salomé Kiner et interprétée par Valentine Leÿs.
Retour en images sur la rencontre :
Personne ne nous verra, Conor O’Callaghan (Sabine Wespieser, 2022)
En rupture de ban après une histoire d’amour malheureuse, le narrateur, Paddy, a accepté de convoyer un poids lourd vers le Sud de la France. Dans la cale du ferry, au moment où, à Calais, s’abat la porte de déchargement, l’homme, supposé voyager seul, échange des bribes de conversation avec une silhouette dissimulée derrière le rideau tiré de la cabine : la vingtaine, l’aspect rebelle et négligé, la passagère clandestine n’est autre que sa fille.
Pendant la semaine que doit durer leur équipée, ils reprennent un dialogue interrompu, convoquant dans une langue bien à eux leurs souvenirs : l’enfance heureuse de Kitty aux États-Unis, quand ses parents vivaient encore ensemble, leurs vacances en Irlande, ses visites à son père reparti seul en Angleterre… Mais tous deux évitent soigneusement d’aborder « la chose, sa chose, dont nous ne parlons jamais », épisode douloureux survenu dans la vie de la jeune fille.
Au fil des étapes marquant leur huis-clos, un voile d’étrangeté semble troubler les repères de cet hypnotisant road-movie : que penser de Kitty se glissant furtivement hors du camion dans la chaleur de l’été 2015, vêtue du manteau de vison de sa grand-mère ? Et de l’ombre de celle-ci, s’invitant à bord comme pour aviver l’obsession du narrateur pour sa maison d’enfance perdue ?
La dérive de ces figures hantées, flottant entre passé et présent, est ponctuée par d’incessants messages éclairant l’écran du téléphone de Paddy, sortes de balises destinées à l’ancrer dans le réel : ceux de son frère, mais aussi ceux d’un interlocuteur mystérieusement lié à la violente rupture amoureuse qu’il vient de vivre.
Poétique, syncopée, d’une grande modernité, l’écriture de Conor O’Callaghan nous entraîne dans l’envoûtant sillage d’un chagrin qui ne dit pas son nom.
Biographies
Né en 1968 à Newry, en Irlande du Nord, Conor O’Callaghan a grandi à Dundalk, une petite ville proche de la frontière. Il a enseigné la création littéraire, la poésie moderne et la littérature anglo-irlandaise dans plusieurs universités d’Irlande du Nord et d’Angleterre. Poète, il a publié depuis 1993 cinq recueils en Irlande et aux États-Unis, pour lesquels il a reçu de nombreux prix. Sabine Wespieser éditeur publie ses romans, d’abord son premier, Rien d’autre sur terre, en 2018, puis Personne ne nous verra, en mars 2022.
Photo : © DR
Mona de Pracontal a commencé à traduire durant ses années d’étudiante (études anglophones et américaines à Paris, cinématographiques à New York), et n’a pas cessé depuis, bien qu’avec des incursions dans d’autres domaines professionnels. Elle a traduit notamment Chimamana Ngozi Adichie, Cynan Jones, Hanif Kureishi, Donald Westlake et Lawrence Block, ainsi que Williams Burroughs et Gloria Steinem en non-fiction, Frank Baum et Rick Riordan en Jeunesse. Elle a reçu le prix Baudelaire 2009 pour L’autre Moitié du Soleil, de C.N. Adichie (éd. Gallimard), ainsi que le Prix de Traduction de la Fondation Irlandaise 2019 pour Rien d’Autre sur Terre, de Conor O’Callaghan (Sabine Wespieser Éditeur). Personne ne nous verra – même équipe auteur, traductrice et éditeur – est sorti le 3 mars. Ses traductions de Neil Hegarty – La Surface de L’eau – et de Nathaniel Ian Miller – L’Odyssée de Sven – paraîtront toutes deux en septembre, respectivement aux éditions Joëlle Losfeld/Gallimard et chez Buchet-Chastel.
Valentine Leÿs est agrégée de lettres et a vécu à Londres avant de s’établir à Marseille.
Salomé Kiner est journaliste et romancière. Née en 1986 dans le Val-d’Oise d’un père russe et d’une mère suisso-italienne, elle est diplômée du CFJ (Centre de Formation des Journalistes de Paris). Elle a travaillé pour arte.tv et France Culture, monté une librairie numérique et animé des chroniques littéraires dans la matinale du Mouv’ (Radio France). Elle a réalisé des reportages à Sarajevo, Reykjavik, La Nouvelle-Orléans, Buenos Aires, Belgrade, Moscou, Berlin, Saint-Pétersbourg, Tel Aviv, Erevan, Tbilissi, Belfast et New York. Elle a co-écrit 50 Summers of Music avec Arnaud Robert (Ed. Textuel, 2017). En 2021 paraissait son premier roman Grande couronne (Christian Bourgois éditeur). Le livre était sélectionné pour le prix Inter, le prix Stanislas du premier roman, le prix de Flore et le prix Envoyé par la Poste. Il a reçu le Prix Zadig. Aujourd’hui basée en Suisse, Salomé Kiner travaille pour les pages littéraires du quotidien Le Temps, la Radio Télévision Suisse (RTS) ou la revue française Mouvement.





